Un hiver au chantier : la vitesse se gagne dans les détails

Depuis le 28 novembre, notre IMOCA de 18 mètres, le 11th Hour Racing, vit au rythme d’une nouvelle vie. Finies les grosses houles de l’Atlantique et les vents sifflants ; il ne reste plus que le bourdonnement régulier des outils dans le hangar de l’équipe à Lorient. Après avoir décroché la deuxième place de la Transat Café l’OR, l’équipe technique a tracé une ligne de conduite claire pour l’hiver : pas de refonte radicale, mais un travail ciblé pour rendre la plate-forme toujours plus fiable et performante.

Nous avons rencontré Noémie Provost, du bureau d'études Ingenier, et Antoine Breton, l'expert en matériaux composites de notre équipe, afin qu'ils nous expliquent la réflexion qui a présidé à cette remise en état hivernale.

Maud Helfgott - polaRYSE / 11th Hour Racing

« Cet hiver, nous nous sommes concentrés sur un processus en quatre étapes : vérifier, réparer, optimiser, alléger », a expliqué Antoine. « Après les deux traversées de l'Atlantique à l'automne, nous avions quelques éléments importants à modifier : la vanne de décharge du mât, certaines pièces du système hydraulique de la quille et d'autres détails. Mais parallèlement, nous travaillons sur les performances. Avec la grande saison de courses qui s'annonce, le bateau doit être à la fois fiable et plus rapide. »

C'est cet équilibre entre rénovation et performance qui a guidé chaque étape du projet.

Maud Helfgott - polaRYSE / 11th Hour Racing

Démontage complet

Pour Antoine, la remise en état hivernale a commencé dès que le bateau a été sorti de l'eau. «Quand nous avons sorti le bateau, nous avons procédé à une inspection minutieuse », explique-t-il. « Nous avons tout démonté à l'intérieur pour tout inspecter, repérer ce qui était cassé, puis passer aux réparations. »

Une coordination étroite entre les membres de l'équipe technique et les fournisseurs devientalors essentielle. «Nous devons collaborer avec les fournisseurs et les prestataires de services pour que tout soit organisé de manière fluide et que les travaux soient achevés dans les délais », ajoute-t-il . Et cet hiver, une contrainte supplémentaire est venue s'ajouter : la remise en peinture complète de la coque et du pont. « Toutes les modifications et réparations structurelles devaient être terminées avant l'arrivée des peintres. Pour la plupart des composants, nous pouvons anticiper les interventions nécessaires, mais les pannes imprévues exigent une organisation différente. »

Déplacer le poids vers l'avant, affiner le vol

Au-delà des améliorations techniques, les gains de performance ont principalement porté sur l'équilibre et le comportement des foils.

Avec les récentes évolutions de l'IMOCA, de nombreux modèles concentrent le poids davantage vers l'arrière afin d'aider les bateaux à franchir les vagues dans des conditions difficiles. Mais à mesure que les connaissances progressent, la quête d'efficacité évolue elle aussi.

« Nous devons déplacer le centre de gravité vers l’avant pour réduire l’angle d’incidence des foils et éviter la cavitation », explique Noémie. «L’un des changements les plus importants de cet hiver a été de déplacer le poids vers l’avant ; pour que les foils fonctionnent correctement, le bateau doit naviguer un peu moins sur sa poupe. »

Les modifications ne sont peut-être pas spectaculaires vues de l'extérieur, mais en interne, cela implique de repenser l'emplacement, les supports et la structure. «On pourrait penser que ce ne sont pas des changements majeurs, mais il y a beaucoup de choses à prendre en compte, comme la construction de nouveaux supports et des ajustements structurels. »

Cette même recherche d'équilibre a conduit à l'un des rares changements visibles sur le pont : le retrait de ce que l'équipe appelaitl'« Optimist à l'envers », un caisson en carbone placé devant le mât. Initialement installé pour créer une instabilité latérale et aider le bateau à se redresser lors du test de stabilité à 90 degrés, il est désormais devenu superflu grâce à d'autres solutions. Son retrait marque une nouvelle évolution, modeste mais symbolique, de l'IMOCA 11th Hour Racing, qui arbore désormais sa nouvelle image de marque.

De plus, la réduction du poids reste un thème récurrent dans le travail de l'équipe technique. «Nous cherchons toujours à réduire le poids », a expliqué Noémie. «Nous recherchons le meilleur compromis entre fiabilité et légèreté pour aller le plus vite possible dans les conditions de vent données. »

Et le travail est loin d'être terminé. «À un mois de la remise en service, il reste encore beaucoup à démonter, à finaliser en termes de répartition du poids, et à remonter. C'est parti, mais il reste encore beaucoup à faire. »

Maud Helfgott - polaRYSE / 11th Hour Racing

Préparer l'avenir

À l'intérieur du cockpit, les modifications restent pour l'instant modestes. Quelques repose-pieds supplémentaires ont été installés, mais aucune refonte ergonomique majeure n'a été entreprise. L'idée est que les améliorations apportées au cockpit se poursuivent au fur et à mesure que l'équipe acquiert une compréhension précise des besoins de Francesca au cours de la saison, affinant les réglages d'une course à l'autre. Plutôt que de procéder à des changements radicaux d'un seul coup, ils choisissent d'apporter des ajustements progressifs, en s'appuyant sur les retours d'expérience concrets en mer.

Parallèlement, les regards se tournent déjà au-delà de cet hiver. «Nous anticipons également les modifications à apporter en cours de saison, afin de réaliser ce que nous n’avons pas eu le temps de mettre en œuvre cet hiver », a ajouté Antoine. «L’objectif est que Frankie dispose d’un bateau à son plein potentiel, parfaitement adapté à ses besoins, dès le départ de la Route du Rhum en novembre prochain et, bien sûr, à plus long terme, pour le Vendée Globe. »

Le changement le plus visible sera le nouveau look du bateau. Une dizaine de spécialistes en peinture de Filumina ont travaillé d'arrache-pied pendant plusieurs nuits pour donner à ce 60 pieds une toute nouvelle identité.

La nouvelle livrée sera dévoilée le 24 mars, lorsque l'IMOCA de 11th Hour Racing reprendra la mer à Lorient, marquant ainsi la fin d'un hiver entier consacré aux moindres détails. Et quelle entrée en scène audacieuse ce sera !

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