La Vendée Arctique : course en solitaire, à ma façon

© Julien Champolion - polaRYSE | 11th Hour Racing

De la part de Frankie, 

La Vendée Arctique : course en solitaire, à ma façon

Ce qui frappe en premier quand on navigue en solitaire, c’est qu’il n’y a personne vers qui se tourner. Pas de tacticien, pas de navigateur, pas de deuxième avis. Chaque bulletin météo, chaque choix d’itinéraire, chaque changement de voile, c’est à moi de décider. Et même si j’avais déjà fait partie d’équipages auparavant, là, c’était différent. Dans une course en équipage, ce sont toujours les autres qui prennent les décisions les plus importantes. Maintenant, c’est à moi de toutes les prendre.

C'est une lourde charge, je ne vais pas faire semblant du contraire. On gère le bateau, on passe des heures devant l'ordinateur à consulter les prévisions météo, on prend des décisions irréversibles. Mais c'est aussi exactement pour ça que j'ai voulu me lancer dans cette aventure.

Honnêtement, certaines choses que je pensais difficiles se sont avérées moins compliquées que prévu, tandis que d'autres, que je croyais faciles, étaient loin de l'être.

Par exemple, je pensais que des vents de plus de 30 nœuds et des vagues de quatre mètres me sembleraient insurmontables. Peut-être même effrayants. Mais comme j’étais préparé, comme je m’y étais attendu, ça m’a paru… gérable. Pas facile, et quand même un peu fou ! Mais pas insurmontable. Ça a été un moment important pour moi ; un véritable coup de pouce pour ma confiance.

Et puis, à l’autre extrémité du spectre, prendre soin de moi-même n’était pas facile. J’ai pu profiter de quelques périodes de 45 minutes dans ma couchette, et honnêtement, ça m’a semblé être un véritable cadeau. Mais je ne me suis jamais senti suffisamment à l’aise pour me laisser aller complètement, car là-bas, c’est la loi de la jungle. Si tu fermes les yeux pendant 45 minutes, le bateau ne tourne pas à 100 % et tu te retrouves avec quatre milles de retard. Et tu regardes le traceur en te demandant : « Quand les autres dorment-ils ? Quand s’arrêtent-ils ? »

Ces dernières 24 heures ont sans doute été les plus difficiles à cet égard. Pas à cause des conditions en haute mer – c’est en fait près des côtes que j’ai le plus peur. Naviguer en foiling à 28 nœuds [51,9 km/h / 32,2 mph] avec des bateaux de pêche tout autour de soi, des points verts partout sur la carte, sans nulle part où aller. À un moment donné, je me suis même mis à hurler intérieurement ! Et c’est le genre de situation pour laquelle on ne s’entraîne pas vraiment.

Et pour couronner le tout… j’ai aussi eu le mal de mer le deuxième jour. Pas génial. La nourriture que je venais d’avaler ressortait aussitôt… et j’ai dû fouiller dans les sacs pour trouver des aliments que mon estomac supporterait, et essayer de me remettre. Et la récupération est bien plus difficile quand on ne peut pas manger. Mais j’ai tenu le coup. (Louise, notre responsable logistique et circularité, sera ravie d’apprendre que les repas lyophilisés ont presque tous disparu.)

D'un point de vue stratégique, j'ai commis quelques erreurs. C'est la vérité. Celle qui me marquera le plus longtemps concerne l'engagement : à trois reprises au cours de cette course, j'avais un plan et je ne m'y suis pas tenu. L'une de ces décisions s'est avérée judicieuse : passer à l'ouest de l'Irlande. Mais j'ai pris cette décision bien plus tard que je n'aurais dû. J’aurais pu m’y tenir alors que j’étais déjà près de l’Islande et m’épargner ainsi beaucoup de stress. Au lieu de cela, j’ai dû contourner les zones interdites à la dernière minute. C’est le genre d’erreur qui peut coûter très cher dans cette catégorie.

En IMOCA, il n'y a pas de moment où l'on peut lever le pied. Soit on accélère, soit on se fait distancer : c'est aussi simple que ça. Et savoir quand accélérer, quand ralentir, comment prendre une décision stratégique et s'y tenir, voilà ce que je vais mettre à profit lors de la prochaine course.

Mais cette course a également été un moment fort pour moi et pour l'équipe. Me retrouver aux Sables-d'Olonne, là où le Vendée Globe prendra le départ dans deux ans et demi, était extrêmement intimidant (même si je me suis forcé à ne pas trop y penser). Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai découvert quelque chose que je n’avais jamais vécu auparavant. Des gens le long du canal qui t’encouragent. Des gens dans le village qui connaissent ton bateau, ton histoire, tes résultats. Ça n’arrive nulle part ailleurs dans le monde, et c’est quelque chose de vraiment exceptionnel.

Et avec les autres skippers, on se livre à des courses acharnées sur l'eau, mais on veille aussi les uns sur les autres. On s'envoie des SMS, on prend des nouvelles pendant la course. C'est une véritable communauté. Grâce à cette course, j'ai commencé à me sentir intégrée à ce groupe, et ça compte beaucoup pour moi.

Je suis revenue avec des milliers de milles dans la tête, quelques erreurs que j’espère ne plus jamais refaire, et le sentiment profond que je suis capable de piloter ce bateau. Que ma place est là-bas. Cette course a été bien des choses à la fois : un immense apprentissage, un regain de confiance, une expérience qui m’a ramenée à la réalité, et l’une des semaines les plus intenses de ma vie.

Allons-y !

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Happy Olympic Day!